Exposition La règle et le jeu

Entretien avec Adrien Parlange

 

Le Ruban d’Adrien Parlange, exposé au Salon, fait interagir le lecteur qui doit manipuler un ruban pour donner du sens à l’illustration.

 

Pourquoi sortir du cadre du livre traditionnel ? Les livres que vous créez sont-ils des livres ?

Je suis très attaché à la forme traditionnelle du livre, et, au niveau de leur fabrication, mes livres n’en sont pas éloignés. Ce qui m’intéresse c’est justement de partir de cette forme traditionnelle et d’essayer de la détourner, de l’investir différemment, pour proposer une nouvelle manière de lire.

 

Pour éviter de me perdre dans des projets trop expérimentaux, la première règle que je me fixe et qui me sert en quelque sorte de garde-fou, c’est de faire un livre qui soit encore un livre. C’est-à-dire imprimable, éditable, et évidemment avant tout, lisible.

 

Manipuler un livre, est-ce encore de la lecture ?

Oui, quand la manipulation produit ou révèle le sens. Qu’il s’agisse d’un livre à lire traditionnel ou d’un livre à manipuler, il est toujours question de suivre un chemin tracé par un auteur pour son lecteur. Il y a toujours un fil de pensées que le lecteur accepte ou non de suivre, un cheminement, avec un développement, des questions et des réponses.

 

 

via GIPHY

 

 

Est-ce que Bruno Munari, Warja Lavater ou Paul Cox ont eu une influence sur votre travail ? Dans quelle mesure ?

Leurs livres m’intéressent énormément mais n’ont pas eu d’influence directe sur mon travail. Je les ai découverts assez tard, avec émerveillement, mais depuis j’évite de trop m’y référer parce que ce sont des pistes déjà explorées. Le fait que des livres aussi particuliers aient été édités et appréciés me réjouit, le fait que beaucoup soient aujourd’hui introuvables m’inquiète.

 

Qu’évoque pour vous le titre de l’exposition La règle et le jeu au regard de vos recherches ?

Mes recherches commencent toujours par la mise en place de contraintes très fortes qui deviennent les règles d’un jeu nouveau. Ces contraintes, qu’elles soient liées à un format particulier, à un nombre réduit de couleurs, ou à l’intégration d’un ruban à chaque page, délimitent un espace de jeu et posent des problèmes. Dans la période de recherche, tout le plaisir pour moi vient de l’exploration de cet espace et de la résolution de ces problèmes.

 

Plus tard, je veille à ce que le lecteur puisse comprendre les règles du jeu dès les premières pages, pour installer une sorte d’entente avec lui. Et même si j’essaye de le surprendre tout au long du livre, je dois faire attention à respecter ces règles, sous peine de casser cette entente et de finir par jouer tout seul.

 

Le Podcast du Salon

On a demandé à Rose, 7 ans, et Aurélien, 11 ans, de nous expliquer comment lire Le Ruban.