© Renaud Monfourny

L’exposition La règle et le jeu

Interview de Matthias Picard

 

L’auteur illustrateur a créé Jim Curious : voyage au coeur de l’océan (éditions 2024) qui se lit avec des lunettes 3D, un livre qui vient donner du relief à l’exposition du Salon.

 

61t7z7adzdl-_sx357_bo1204203200_

 

Quelle a été l’élément déclencheur qui vous a donné envie de créer des livres qui sortent des albums classiques ?

Le déclencheur d’un livre est souvent la rencontre. Pour Jim Curious j’ai trouvé une paire de lunette 3D, ça m’a rappelé de vieux souvenirs et me suis demandé s’il m’était possible de faire une image en relief tout seul. Après quelques heures de recherche et de bricolage, le résultat était tellement magique que j’ai eu l’envie de raconter une histoire qui utiliserait ce procédé au sein d’une narration.

 

Pour la B.O2-M- c’est un presque la même chose, Matthieu Chedid m’a proposé de réagir sur une musique expérimentale, je n’avais jamais fait ça auparavant, se faire offrir un espace de jeu et de liberté comme celui-ci, c’est très excitant.

En somme, je crois que j’aime me promener sur des terrains peu explorés, là où il y a peu d’exemples, de modèles et où je suis d’avantage livré à mes sensations, mes intuitions.

 

Pourquoi sortir du cadre du livre traditionnel ? Les livres que vous créez sont-ils des livres ?

À vrai dire je ne sais pas ce qu’est un livre traditionnel, et je n’ai pas l’intention d’en sortir. Le principe d’avoir un objet dans les mains et d’en tourner les pages me suffit pour définir un livre. Donc oui mes livres sont des livres, avec leurs limites propres et un potentiel qu’il est amusant d’explorer, toujours.

 

Manipuler un livre, est-ce encore de la lecture ?

Un livre est avant tout un objet physique, à mon sens la manipulation de cet objet est le début, le pendant et la fin d’une lecture. Saisir un livre, sentir son poids, son odeur, tourner une page, s’arrêter des heures sur une image, reprendre, lire à son rythme… voilà les particularités du livre, les bases de sa manipulation.

 

Aujourd’hui de plus en plus d’auteurs s’emparent de l’aspect de cet objet, de son format, du type de papier ou du mode d’impression afin de faire sens avec l’univers de l’album. Cette liberté d’action n’appartient pas qu’à l’éditeur, elle fait entièrement partie de la création. Parfois une narration se base essentiellement sur un principe de manipulation, pour ma part je contrains le lecteur à porter des lunettes bleu et rouge ou à écouter un morceau de musique pour entrer dans la lecture. La manipulation est indissociable de la lecture d’un livre, il y a juste différents degrés.

 

Est-ce que Bruno Munari, Warja Lavater ou Paul Cox ont eu une influence sur votre travail ? Dans quelle mesure ?

Paul Cox est un artiste touche à tout, quelqu’un qui joue avec l’image sous toutes ses formes. S’il m’arrive d’avoir à faire un travail de design graphique (j’ai fait des études de graphisme aussi), de dessin, de peinture, d’animation, ou de scénographie je peux toujours croiser le travail de Paul Cox. L’exemple de sa pratique du dessin est très stimulante, manifestement il semble très méthodique et régulier dans sa démarche créative et moi je suis tout l’inverse, c’est peut-être pour ça qu’il me fascine autant. Ce que j’aime dans son travail, c’est sa capacité à associer en permanence la surprise visuelle intelligente à une désarmante simplicité.

 

Qu’évoque pour vous le titre de l’exposition La règle et le jeu au regard de vos recherches ?

La règle permet le jeu, si je choisis une contrainte technique, je définis une règle. Je ne vois pas la règle comme une frontière cloisonnante mais plutôt comme un espace où je vais pouvoir jouer. Le but est de chercher à provoquer des surprises, des trouvailles et de partager cette exploration avec le lecteur dans un livre. Il y a les règles que l’auteur se fixe au moment de la création et celle qu’il donne au lecteur. Mon livre La B.O2-M- s’ouvre littéralement sur une « Règle du Jeu », elle demande au lecteur de trouver un moment de calme, d’éteindre son téléphone, de tamiser la lumière ou encore d’écouter la musique du livre avec un casque, ce genre de choses. C’est très amusant de pousser le jeu de la lecture jusqu’à écrire une « règle ».

 

À votre avis, qui lit vos livres ? Et Comment imaginez-vous la réaction du lecteur face à vos livres ?

À mon avis ? Des gens super, drôles, intelligents et beaux…